Déprise avec le temps
Par notre invitée Carole-Anne Tisserand.
9 juillet 2026.
Au troisième étage d’un Ehpad, une des résidentes fait les cents pas et répète à qui veut bien l’écouter les mêmes questions. A quelle heure est le prochain repas ? Quelle heure est-il ? Qu’est-ce que je fais, maintenant ?
Dans sa chambre, l’équipement a été ajusté pour répondre à ces questions. Une horloge numérique, face au lit, indique l’heure. Un petit tas de papiers ordonnés sur la table de chevet rappellent les tentatives d’avoir des prises sur le temps. Des petits traits ont été faits sur un calendrier, à côté des premiers jours de juillet. Il n’était pas là la semaine dernière.
Sur le mur, une feuille plastifiée fournie par l’établissement témoigne d’un accompagnement routinisé des troubles de la mémoire et de l’appréhension du temps. Elle témoigne aussi d’une délégation matérielle imparfaite de cet accompagnement. La date notée, le « 2 juillet », sème le doute dans l’esprit de la pensionnaire. L’encre du feutre, sèche, s’efface difficilement. Si la feuille est là pour assurer une information visible et accessible aux yeux de la résidente, elle rappelle aussi qu’une aide est nécessaire pour maintenir l’information à jour.
Bénévole en visite, je réponds aux questions de la résidente. Le prochain repas est à 18h30. Il est 16h30. Il n’y a plus rien de prévu aujourd’hui, hormis le repas. A mon départ, les jours passés sont marqués d’un trait sur le calendrier. La feuille plastifiée a été actualisée. Sur une feuille à carreaux, les phrases « le 9 juillet c’est aujourd’hui » et « 18h30 à la table à manger » ont été copiées, soulignées, multipliées par la résidente. Au verso, elle a noté : « Le 10 juillet, c’est demain. 14h30 gymnastique RDC. 15h30 Goûter RDC ». Je pars avec un doute : Saura-t-elle, demain, que le 10 juillet, c’est « aujourd’hui » ?







