ISSN : 2266-6060

Laissée-pour-compte

Montpellier, novembre 2017.

L’hôpital psychiatrique est un imposant bâtiment des années 1900 surmonté d’un clocher et entouré d’une douzaine de pavillons. Témoin des transformations de la psychiatrie clinique, il a initialement été construit à la « Font d’Aurelle » en dehors de la ville, mais fait aujourd’hui partie prenante de l’immense centre hospitalo-universitaire qui a donné son nom au quartier, « hôpitaux-facultés ».

En longeant les grilles en direction de l’entrée principale, le visiteur rencontre un panneau mettant en scène une intrigante controverse. En France depuis une dizaine d’années, l’hôpital est rémunéré au prorata de son activité. Pour le dire simplement, plus les médecins réalisent d’actes de soin (comprendre des actes répertoriés et encodés dans un système d’information), plus l’hôpital perçoit de l’argent. Ce mécanisme concentre de très nombreuses critiques : invisibilisation du soin des autres professionnels de santé (psychologues, diététiciennes, etc.), recompositions productives des services, absence de réflexion sur la qualité. C’est en ce sens que l’on peut lire l’affiche ; car si l’écoute (du patient ? des équipes ?) est un acte médical, elle doit être visible — ici, à l’hôpital mais aussi, peut-être, dans les comptes.

La négation ajoutée au marqueur est ambiguë. S’agit-il d’une provocation visant à caractériser la médecine psychiatrique, par opposition à la tradition psychanalytique, comme une activité technique (placer des électrodes, scannographier le cerveau, prescrire des médicaments) ? À moins qu’il ne s’agisse d’une correction comptable : quelques rares secteurs, dont la psychiatrie, ont conservé une dotation générale de fonctionnement – une enveloppe annuelle, augmentée ou diminuée, par exemple, en fonction de prévisions d’investissements. En conséquence, techniquement, en psychiatrie, l’écoute n’est pas plus un acte médical que l’interprétation d’une IRM cérébrale et les médecins n’ont pas de pression à multiplier les consultations pour accroitre la rentabilité du service, dégager des recettes pour payer le matériel, ni les salaires. Ce qui veut aussi dire que la psychiatrie intéresse financièrement moins l’administration de l’hôpital ; elle est en un sens « laissée-pour-compte ». Le visiteur entre ainsi de plein pied dans l’entrelacs des écritures comptables et dans la périlleuse question des coûts de l’assurance maladie.



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