Injonctions
Internet, décembre 2025
Nous nous sommes habitués à ce que des pages web, écrites par des robots en plagiant d’autres pages, déployent un texte où tout est faux : l’autrice n’existe pas, le texte est a minima absurde, voire mensonger, le titre ne reflète pas le contenu, jusqu’à la date qui ne cesse de changer pour apparaître en tête des recherches. L’internet pourvoyeur de connaissances universelles, s’il existe encore sur certaines plateformes, a laissé place aux contenus mensongers, publicitaires, diffamants ou simplement créés pour générer le maximum d’usagers ou de durée d’attention.
Ces contenus n’échappent pas à toute régulation, mais disparaissent souvent avant d’être amendés, corrigés ou volontairement supprimés, pour mieux réapparaître ailleurs avec d’autres titres et auteurs. Cependant, la stabilité institutionnelle permet parfois à la justice d’agir avant qu’il ne soit trop tard. Face à du greenwashing éhonté et à la plainte d’associations environnementales, le tribunal ordonne deux injonctions principales à Total: d’une part, supprimer ces messages publicitaires de son site ; d’autre part, afficher la décision de justice.
Au flou volontaire des termes embelissant des engagements très gazeux, succède donc la concrétude judiciaire : l’emplacement est défini pour être le plus visible possible en haut de page, la police et la taille du texte sont non négociables, tout comme la proximité et la visibilité du lien vers l’ensemble de la décision.
Cette emprise judiciaire connaît deux limites. Premièrement, elle n’est valable que pour 180 jours consécutifs, autrement dit, après ce délai, nul ne pourra réactiver facilement la mémoire de ce greenwashing. Deuxièmement, sans doute parce qu’il s’agit d’un délit du droit de la consommation, l’annonce disparaît dès qu’on clique sur les onglets « entreprises » ou « collectivités ». Dans leur monde les nombres sont plus importants que toute communication textuelle.







