ISSN : 2266-6060

Horaires

Arles, août 2021.

Les trains de nuit vont rouvrir en Europe et ce serait une mesure-phare de lutte contre le changement climatique. Il y a moins d’un siècle, avant le triomphe de l’aviation commerciale, ils étaient l’incarnation du luxe et de l’art de voyager. Aller de Londres au Istanbul ne signifiait pas partir d’Heathrow pour 3h30 de vol, mais embarquer dans un train en centre-ville. Cela nous semblerait un très long périple aujourd’hui, alors qu’il s’agissait de présenter l’expérience de la vitesse ferroviaire comme l’indique la qualification « express ».
Parmi les prestations de la compagnie, outre les indispensables sleeping cars, la précision des horaires indiqués dans ce document impressionne les voyageurs : à la minute près, vous savez quand vous arriverez à Istanbul. Et vous verrez ainsi que si vous loupez de peu le train pour Paris et Milan, vous pourrez passer par Bruxelles et Vienne avant de le rattraper au petit matin à Belgrade. Mais le voyage ne s’arrête pas là puisqu’après un ferry sur le Bosphore, vous pouvez prendre le Taurus Express jusque Bagdad ou Le Caire.
Combien de jours faudrait-il ? Est-ce que cela a la moindre importance, votre couvert et coucher étant compris dans la prestation ? Vous pouvez reconstituer le nombre de nuits en suivant gare après gare, horaire après horaire, les flèches de couleur. Mais seuls les disciples de Phileas Fogg souhaitent savoir à quelle date leur périple finira, à moins qu’une tempête de neige ou un crime collectif ne survienne.



2 Comments

  1. on pouvait même faire des trajets beaucoup plus modestes… et c’était bien agréable et commode

  2. Remarquable d’exotismes : la géographie concernée tant pour les parisiens que pour les stambouliotes, la schématisation devenue étrange à un observateur contemporain habitué au point fin avec le toponyme modestement placé à côté, la traduction en arabe mystère pour les ouest-européens, la traduction en anglais gage de « modernité » pour les stambouliotes kémalistes, enfin le papier jauni distance chimique avec le contemporain de la carte. Que de distances avec les observateurs contemporains bien situés derrière leurs écrans et dans le suivi du blog !
    Alors pourquoi un exostisme ? Pourquoi un paradoxal attachement à ces distances ? A la réponse du théologien, on peut aussi avancer celle des auteurs : le pro-messianisme d’un secteur ferroviaire enracinant son futur dans un imaginaire de confort, véritable madeleine de Proust dans le temps des catastrophe. De la fenêtre, pas les aventures de Tintin ou de Jules Verne mais probablement le spectacle de désolations plus visibles que depuis un hublot d’avion. Y aurait-il un spleen du voyage à longue distance depuis que nos langues hésitent à prononcer le mot avion ? En tout cas, le train est devenu une bannière des luttes de groupes de jeunes qui se revendiquent tour à tour, d’Illich, de Meadows ou de Latour. N’y a-t-il pas un attachement politique contemporain à la carte de train ?
    Dernier mystère, la signature : « Arles 2021 », un musée du train ou le bon filon d’une brocante ou d’un antiquaire ?
    Merci les Scriptopolis pour cette trouvaille !

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