ISSN : 2266-6060

Transgression

Paris, mars 2010.

Je range mon vélo à côté des poubelles dans la cour de l’université ; j’aime les poubelles, c’est de famille : mon père après avoir travaillé à chercher des gisements de houilles dans nos sous-sols, a passé la dernière partie de sa vie professionnelle à réfléchir aux ordures et à leurs ré-usages à des fins énergétiques. Donc, c’est un mardi, tandis que je cadenasse mon petit vélo à guidon chromé, il commence à pleuvoir, je jette un œil dans les containers verts de la mairie de Paris et soudain le choc : l’une d’elle est pleine jusqu’à la gueule de livres … j’en crois pas mes yeux ! Je me dis c’est pas vrai, ILS ont fait ça !! Je plonge les mains pour regarder de quoi ça cause ces bouquins bons pour le pilon… des fois qu’il y en aurait que j’ai écrits (généralement je les achète dans les solderies mais la poubelle ce serait moins cher encore…) ; c’est vrai quoi, faut arrêter de croire que l’écrit imprimé ça a de la valeur ! On n’y pense pas mais les poubelles c’est pas idiot pour les livres … Pourquoi je les sacralise au fond ! Pourquoi je couche toutes les nuits autant avec ma compagne qu’avec ceux qui occupent tous les murs de ma chambre ? Pourquoi je leur construis des bibliothèques en chêne massif ? Les livres c’est comme les chaussures, quand on les mets plus, faut savoir s’en débarrasser que je me suis dit ; ils ont bien raison les collègues … d’ailleurs quand je suis revenu quelques heures plus tard, le camion vert était passé et personne n’a protesté… Le vrai scandale c’est que le container était vert et pas jaune … même pas bonnes à recycler les sciences sociales contemporaines ?