ISSN : 2266-6060

Transformations

Gare d’Austerlitz, avril 2010.


Les étiquettes sont des objets fascinants. Nos vies en sont pleines, à la maison, au supermarché, au travail… Petits papiers magiques qui attachent les mots et les choses. Avec l’avènement de l’informatique, elles ont subi des transformations importantes, comme beaucoup de formes d’écriture. Aujourd’hui, si l’on veut en changer une série, il n’est par exemple plus besoin de parcourir l’alignement des choses auxquelles elles donnent un nom. Électroniques, elles prennent la forme de tout petits écrans alimentés en réseau qui affichent tous ensemble une information saisie à partir d’un seul clavier. Quel progrès. Imaginons ce que cela permet de faire en terme de fluctuation des prix dans les rayons d’un commerce par exemple. Les ajustements sont quasi immédiats et l’on pourrait presque les relier automatiquement à la base de données des prix d’achats auprès des producteurs.

Dans les trains, ces nouvelles fonctionnalités sont particulièrement puissantes. Elles permettent de gérer les voitures comme des supports neutres, en tout cas vides de toute information, et de les modeler selon les besoins. Cet après-midi là, lorsque que nous sommes avons pénétré dans la voiture 2 du Teoz en partance pour Brive-la-Gaillarde, nous avons pu en expérimenter la magie. Le train qui avait un peu de retard n’était pas encore « allumé ». Les étiquettes électroniques étaient désespérément vides. Au fur et à mesure que les gens entraient, ils s’installaient, un peu perdus, devant un siège sans oser s’y asseoir, veillant toutefois à ne pas bloquer l’arrivée des suivants. Un silence calme régnait. Nous étions en suspend, dans un lieu sans frontière, dont les éléments physiques ne suffisaient pas à nous organiser complètement. Et puis les petits écrans se sont allumés, affichant chacun un numéro. Dans un seul et même mouvement, sans accroc, les gens se sont répartis dans la voiture, billets en main. Les sièges sont devenus des places. En un clin d’œil, avec le reste des objets qui nous entouraient, ils ont pris la forme d’un train.