ISSN : 2266-6060

Société de l’information n°2

Paris, février 2010.

Une fois atteint le stade ultime de l’information parfaitement calibrée, les humains peuvent signaler tout ce que bon leur semble pour améliorer leurs conditions d’existence. Les signalements sont soigneusement engrangés et les sanctions requises contre les comportements déviants rapidement misent à exécution. Un doute persiste néanmoins : comment produire un signalement sans subir de représailles en retour ? Tel est bien l’enjeu de la circulation de ce type d’informations. Les pratiques de délation et de dénonciation s’accompagnent souvent d’un impératif : préserver l’identité des gentils entrepreneurs de morale.

Autrefois, quand la société du papier était encore bien vivace, une lettre anonyme suffisait : une écriture manuscrite ou tapée à la machine, l’absence de signature, et l’envoi à partir d’un bureau de poste situé dans un autre quartier que le lieu de résidence faisaient l’affaire. À l’ère des technologies numériques, les informations sont pétries d’indices de traçabilité encore plus prégnants. Une information ne circule jamais isolée, elle est constamment accompagnée d’autres plus ou moins repérables. Que les sceptiques se rassurent, les tenants de la société de l’information ont tout prévu : on peut signaler en s’identifiant ou en restant anonyme. Le formulaire électronique se charge tranquillement d’enregistrer les numéros IP…