ISSN : 2266-6060

Sacré Vladi

Moscou, octobre 2009.

Sur la porte de ce qui était dans les années soviétiques un appartement communautaire, parmi la liste des habitants inconnus, nos restes de connaissance de l’alphabet cyrillique nous permettent de reconnaître son nom. Et tout de suite après avoir franchi le seuil, sur la gauche, une petite pièce : c’est là le sanctuaire ! Là que le grand poète de la Révolution a vécu, a écrit certains de ses textes et s’est donné la mort… Dans le Moscou des années 2000, impression étrange de retrouver un vestige de la période communiste : rien ne semble avoir bougé, personne ne semble être rentré dans la pièce… Le bureau est intact, le papier peint et le dessus de lit aussi, même la lumière semble celle de cet hier. On ne serait pas surpris de voir le grand chauve surgir par l’escalier. Les chambres des écrivains ont cette magie : elles sont habitées et ici, chez Maïakovski, il y a ces quelques mètres carrés pieusement conservés comme le cœur battant du musée qui lui est dédié. Les autres espaces sont à l’image des écrits du poète agencés de façon presque délirante… fac-similés agrandis, photos recouvertes de peinture, un dédale sans limite qui donne à voir le chaos du créateur… L’écrit est partout : lettres, manuscrits, affiches, livres, journaux mais aussi machines à écrire, stylos… Le visiteur peut photographier à souhait ces objets d’écriture mais lorsqu’il approchera du sanctuaire, l’une de ces vieilles babouchkas des musées russes sautera de sa chaise pour, d’un mouvement vif de la main, interdire au visiteur de saisir le lieu et faire bouger le photographe braconnier. Respect des morts ou souci de préserver le mystère de l’écriture.