ISSN : 2266-6060

Police partout… écrit partout

Paris, île de la Cité, décembre 2009.

Un écrit exposé dans l’espace public est souvent d’une seule pièce : ici une pancarte commerciale, là une banderole politique, ailleurs une plaque commémorative ; ces petites unités d’écriture sont parfois en lien avec d’autres et composent ensemble une sorte de grand texte : c’est le programme à l’œuvre avec les panneaux touristiques des centres historiques. Le touriste va de l’un à l’autre et lit/entend le récit de ce qu’il voit : un hôtel particulier du XVIIe siècle où vécut un écrivain succède à une église qui fut édifiée au XIIe siècle avant d’entrer sur le lieu où furent élevées des barricades lors d’une des révolutions du XIXe siècle.
Dans le quartier de la Cité à Paris, ces écrits historico-touristiques sont légion au point d’être devenu le plus gros corpus de l’île. L’histoire est écrite, à vous de la lire.
À la préfecture de Police, lorsque le projet de recouvrement des bâtiments pour travaux a été choisi, le plus important était, croyait-on, ce qui serait imprimé sur la grande bâche, à savoir des images des différents fonctionnaires de la préfecture. On pensait que, plutôt que chaque jour déplacer plusieurs unités de brigades mobiles, il valait mieux les peindre une fois pour toute. Nul besoin d’écrire police, l’uniforme suffirait. Mais c’était mal connaître le pouvoir de la Police. En ajoutant une légende sur le quai (à quelque cent mètres de la plaque commémorant le massacre du 17 octobre 1961), la Préfecture n’a pas seulement voulu renseigner l’image qui s’offrait aux touristes (car somme toute on comprend vite qu’il s’agit de policiers…) mais elle a délibérément voulu s’inscrire dans l’espace touristique et patrimonial. Avec cette plaque, elle concurrence Notre-Dame voisine. Ce petit rectangle d’un mètre de côté à peine donne ainsi soudain une dimension nouvelle à la bâche imprimée et au monument qu’elle recouvre. Cette stratégie d’étiquetage et de signalisation a une fonction évidente affirmer un pouvoir symbolique à l’égal de l’Eglise avec la cathédrale et son portail sculpté. Grâce à ces petites écritures, la police devient un monument à admirer, à photographier.