ISSN : 2266-6060

Nos doigts, à loisir

Clamart, mai 2010.

Il faut avouer que tu t’es surpris sur ce coup-là. L’acheter sans réfléchir davantage. Ne pas attendre la prochaine version, comme tu as toujours fait jusqu’ici avec cette marque de produits informatiques qui t’équipe depuis 1993. Mais non, pas cette fois. Tu t’es vautré dans les clichés du genre. Tu as même pré-commandé.

Disons aussi que c’est un peu un objet de recherche tout de même, que tu ne peux pas vraiment te permettre de ne pas l’expérimenter en personne. Disons ça, oui. Ça peut passer.

Lorsque vient la première prise en mains, les questions et les remords sont loin. Tu y reviendras plus tard peut-être, mais tu t’en moques. C’est qu’il y a bien quelque chose qui se passe là, avec les mains justement. Et tu te sens, un peu bêtement, témoin d’une vraie rupture. Ou d’un retour. Ou quoi d’ailleurs ? Tu n’en sais strictement rien. On touchait le clavier avant évidement, et c’était sensuel, ça n’était ni froid ni distant. Mais l’écran. L’écrit. Ce plaisir là, tu le sens tout de suite et tu te dis que quelque chose a changé. C’est rare finalement une invention, comme ça, au bout des doigts. Une invention pour les doigts.

Au fil des premières minutes, tu te promènes. Tu fais ton marché, dans un monde économique dont tu n’es pas complètement convaincu. Il y a des pièges c’est évident, on s’y sent coincé, capté. Mais, alors que tu n’as en tête que les expérimentations de quelques éditeurs de presse aventuriers, que tu sais que tu vas bientôt aller errer chez François Bon avec bonheur, tu te retrouves sans y prendre garde à lire Baudelaire. Ce que tu n’as pas fait depuis tes 15 ans.