ISSN : 2266-6060

Ici n’entre pas qui n’écrit pas

Moscou; Octobre 2009.

Ça ressemble à un lieu de crime ou à la porte d’un appartement dont les biens auraient été saisis par décision de justice. Ce n’est qu’un dépôt d’archives, celui des archives littéraires et artistiques russes (RGALI) dans la périphérie de Moscou. Derrière cette porte, de longs rayonnages remplis de boîtes portant les intitulés : Prix Lénine de littérature, Société des écrivains soviétiques, mais aussi les manuscrits du poète Alexandre Blok, du génial Serguei Eisenstein ou encore de l’incontournable Vladimir Tatline… des centaines de feuilles conservées là depuis les années 50. Pour protéger ce trésor, ni grosse serrure ni porte blindée, mais un dispositif de la plus grande simplicité : un peu de cire et une petite ficelle. Celui qui ouvre la porte défait une écriture, celle du sceau qui indique le précédent usager ; pour entrer, on efface ce qu’on pouvait lire à la surface de la matière verte. Rien de très grave en somme, croit-on car le problème n’est pas de s’introduire dans le lieu du trésor mais d’en ressortir anonymement. Pour cela, il faudra au fraudeur user d’un grand savoir-faire pour imiter un sceau et produire un faux.
Le principe est ainsi le même que pour la lettre cachetée sauf que ce n’est plus la lecture d’un message sur un parchemin qui est protégé par la cire mais une immense pièce de plusieurs centaines de mètres linéaires de papiers. Depuis peu, le couloir menant à la porte a été équipé d’un autre dispositif… une petite caméra de surveillance dont les images sont vues instantanément par le militaire qui est à l’entrée des archives et qui en assure la surveillance armée et… un digicode. Autrement dit, les responsables des archives semblent décidés à abandonner la protection de l’écrit par l’écrit. Dispositif trop coûteux pour ceux qui les manipulent ou fin de la croyance dans les pouvoirs de l’écriture.