ISSN : 2266-6060

Dans la tête

Paris. Avril 2009.

On ne cesse de nous parler du cerveau et de sa toute puissance. Bien au chaud dans la boîte crânienne l’organe est omnipotent, pilote de nos gestes, de nos émotions, de nos mots. On nous le présente comme un petit homme à l’intérieur de l’homme. Et on fait de notre enveloppe une machine, un robot, qui lui est asservi. Comme Goldodrak est mu par Actarus (on a les références qu’on peut). Quant à ce qui nous environne, n’en parlons pas. Ça ne compte pas vraiment, c’est du contexte. On y réagit.
Tout cela est bien beau et pas trop compliqué. Il suffit pourtant d’observer nos activités quotidiennes quelques minutes pour douter du modèle. Il semble bien par exemple qu’il existe des alternatives au « cerveau dans notre tête ». Prenons les choses sur lesquelles on écrit. Bien souvent, elles se souviennent pour nous. On leur délègue un peu de mémoire. Par exemple l’identifiant et le mot de passe du système d’exploitation de notre ordinateur professionnel. C’est que notre mémoire interne est saturée de ces codes qui identifient, valident, authentifient. Alors on externalise. Et si parfois on sait que c’est pêcher, qu’il faut se cacher des grands prêtres de la sécurité, d’autres fois, c’est plutôt amusant. Comme ici, lorsque les codes sont imprimés et collés proprement sur l’ordinateur. L’identification circule, elle est partagée, et on voit bien qu’il est inutile de chercher qui, de l’homme ou la machine, a commencé le jeu des délégations. Les codes sont comme une patate chaude que Windows nous demande de retenir, que nous demandons au morceau de papier de garder. Tout cela est dilué, ça n’est pas bien grave. Sauf si un accident finit par arriver. Il faudra alors faire le difficile exercice de tri. Pour désigner l’être ou l’entité que l’on pourra tenir pour responsable.