ISSN : 2266-6060

Autonomie

Capbreton, avril 2010.

La télécommande est un objet merveilleux qui a alimenté, lors de son apparition, la frayeur des directeurs de programmes comme le bonheur des chercheurs. Avec ce petit dispositif, c’est le rapport même à la télévision qui s’est métamorphosé. Le poste est devenu presque transparent, répondant sans accroc aux sollicitations des doigts nerveux d’un usager qui lui-même a muté en une forme consciente et désormais active.

Petit à petit l’objet s’est affiné, à l’image de l’offre télévisuelle dans son ensemble. Il est devenu un artefact puissant, mais aussi complexe. Dans ce mouvement, l’autonomie nouvelle du téléspectateur a nécessité de plus en plus de compétences. C’est que, pour faire coexister autant d’options, on a multiplié les boutons et avec eux des descriptions écrites minimales qui ne sauraient entrer dans les détails à moins de mettre en danger l’une des forces de l’appareil : sa petite taille. Les spécialistes des interfaces connaissent bien ce dilemme. Faut-il favoriser la légèreté par l’usage de sigles et d’objets simples, ou assurer son intelligibilité en la rendant bavarde jusqu’à l’épuisement du sens ? L’informatique permet de réduire partiellement cette tension par l’intermédiaire des « infos-bulles » qui affichent au passage du pointeur de la souris un petit texte qui indique en quelques mots la fonction d’un bouton.

C’est de cela que rêve ma grand mère face à sa télécommande : quelque chose, ou quelqu’un, qui puisse lui dire à chaque fois ce que les boutons peuvent faire. Surtout dans le salon de sa maison de campagne, dans laquelle elle vient trop peu. Alors, elle l’a fabriquée elle-même sa télécommande augmentée, réservant l’information supplémentaire au strict nécessaire, question de place et d’usage à la fois.