ISSN : 2266-6060

À l’amiable, épisode 1

Montrouge. Novembre 2009.

La violence du choc n’est pas du tout celle à laquelle tu t’étais préparé lorsque tes angoisses te faisaient envisager le pire, pour voir. C’est beaucoup plus sec. Beaucoup moins spectaculaire.
Tu avais arrêté le scooter au feu rouge. Regardé machinalement le rétroviseur droit et trouvé qu’il allait un peu vite derrière, comme pour te faire peur. À l’intérieur de ce même moment tu as entendu le claquement comme deux boules de billard et tu t’es envolé. En tombant tu as vu que la voiture continuait d’avancer, tu t’es dit qu’ils ne te voyaient pas, qu’ils allaient t’écraser. Tu t’es relevé le plus vite possible. Un coup d’œil à l’engin par terre, tu te palpes un peu partout en avançant vers la voiture. Il y a un feu rouge là, vous savez. Oui oui, il sait. Il est très embêté. Il ne posera pas de problèmes. Tu ne comprends pas bien pourquoi tu es debout, pourquoi tu parles, pourquoi tu n’es pas traversé de part en part par la douleur.
À cet instant, le monde, ta vie, sont grand ouverts, béants. Le regard ne peut s’arrêter nulle part. Tu ne sais pas où aller, il n’y a plus de chemin, il n’y a plus rien. Très vite le mot est prononcé des deux côtés : constat. On va faire un constat. Et tandis que le formulaire déposé sur le capot de la voiture se couvre d’écrits, encerclé de vos papiers, le monde se referme calmement. Ton champ de vision reprend son ampleur habituelle. Les courants d’air cessent. Tu prends plaisir à sentir la force de l’écriture, composée ici en commun sur deux feuilles superposées que vous vous distribuerez en partant. Tu te rends compte aussi à quel point il est difficile d’écrire avec les mains qui tremblent.