ISSN : 2266-6060

Réminiscence

Toulouse, printemps 1988.

Dans de nombreuses villes, des zones urbaines sont délaissées et abandonnées pendant un certain temps. Elles prennent parfois la forme de terrains vagues où les pratiques du graffiti peuvent s’y développer dans un climat de relative tolérance, malgré les législations nationales et les priorités de la mairie. C’est seulement après le temps de négociations et de transactions immobilières plus ou moins longues que ces zones sont à nouveau réinvesties par les autorités municipales. Fleurissent alors des panneaux qui annoncent et présentent le projet architectural, ainsi que des pancartes où sont affichées les institutions qui le financent, où sont listées les entreprises qui interviennent et où est détaillé le calendrier des travaux. Une fois la construction achevée, d’autres espèces d’écrits prennent place : des panneaux de signalisation pour se diriger dans le quartier, parfois les noms des rues nouvellement créées, des panneaux publicitaires et des enseignes commerciales viennent à leur tour équiper les lieux.
À chaque étape, la présence des inscriptions, leurs formes et leurs formats, passent généralement par de multiples réglementations juridiques. Pendant ces différentes phases, les graffitis peuvent faire des apparitions régulières. Toutefois, la reprise en main des zones urbaines s’accompagne bien souvent de campagnes d’effacement qui visent une régulation graphique de ces nouveaux lieux de commerce et de résidence. Combien des résidents actuels du quartier Arnaud Bernard connaissent les espèces d’écrits qui ont habité ici avant les inscriptions qu’ils croisent quotidiennement aujourd’hui ? Combien d’autres savent qu’une des strates de cette inlassable succession a été le berceau du mouvement graffiti toulousain, au point d’en être le premier “hall of fame” ? Combien d’autres encore ont conscience des traces que ces couches d’écrits laissent dans nos histoires collectives et nos trajectoires individuelles ?