ISSN : 2266-6060

53,65

Clamart, mars 2010.

Quand on y pense, c’est fou ce que les chiffres peuvent faire. Ils parlent, ils offusquent, ils attristent, ils donnent de l’espoir, ils inquiètent. Et presque toujours, ils « sont là » tout simplement, ce qui est déjà beaucoup.
En sortant de l’école ce matin-là, mon regard s’est arrêté sur une urne laissée dans un coin entre deux tours. Je suis resté à observer son compteur un instant, mais ces chiffres à lui ne m’ont rien dit. Ils étaient sous mes yeux, et je ne voyais rien. Je ne voyais pas de vote sanction. Je ne voyais pas de poussée écologiste. Je ne voyais pas d’espoir rose. Je ne voyais pas non plus les 53,65 % de l’abstention, si discutés depuis dimanche soir. J’avoue avoir été un peu ému par ce silence. Ému en pensant à la myriade d’opérations qu’il avait fallu effectuer ce jour-là pour que les chiffres de chaque petit compteur de chaque urne de chaque école s’agrègent, qu’ils circulent d’un lieu à l’autre et qu’ils finissent par produire les résultats par bureaux de vote, par commune, par département, par région… Jusqu’à devenir si solides qu’ils se figent complètement et deviennent objets de discours, puis sources de négociations. Les petits ruisseaux de la démocratie ne font jamais de grandes rivières, c’est ce qui fait leur force. Les chiffres des résultats sont de la même taille que ceux qui figurent sur cette urne. Dimanche soir ils tenaient parfaitement dans un encadré affiché sur nos téléviseurs. Aujourd’hui, c’est eux que j’ai sous les yeux. Et j’attends avec une certaine impatience que la danse reprenne dans deux jours.