ISSN : 2266-6060

La peau, épisode 2

 

Paris. Juillet 2009.

La fille a pris la feuille A4 pliée sur laquelle se trouvait son modèle. Il a précisé c’est pour l’épaule. OK, il va falloir le réduire un peu, mais pas tant que ça. Elle a glissé le papier dans un scanner posé sous l’ordinateur. Les étoiles colorées sont apparues sur l’écran. En silence, elle a fait quelques manipulations dans le logiciel. J’aurais pu apporter le fichier sur une clef usb. Sourires. Une fois ses réglages terminés, elle a lancé l’impression d’une nouvelle feuille qu’elle a appliqué sur son épaule toujours habillée, pour voir.
Je crois que j’ai exactement les bonnes encres. Elle sort d’une armoire une boîte pleine de petites bouteilles colorées. Ah oui c’est bien, elles sont plus franches que je l’imaginais. Tu préfères quel rouge ? Celui-ci est mieux je crois. OK, bon, tu peux te déshabiller.
Quand il est revenu du porte-manteaux, torse-nu, elle avait inséré la feuille dans une nouvelle machine. En est sorti un film sur lequel les quatre étoiles apparaissaient à l’identique, mais toutes de la même couleur. Il a fallu alors préparer le support lui-même : raser l’épaule, ce qui l’a fait rire parce qu’il n’y voyait pas beaucoup de poils, puis l’enduire d’une pommade grasse. Elle a appliqué le film sans appuyer, déplaçant légèrement les étoiles sur son épaule. Va voir dans le miroir si ça te va. Oui oui c’est bien. Elle a pressé le film fortement. Les étoiles étaient maintenant décalquées sur sa peau.
Il s’est allongé sur la table médicale. Elle a préparé ses instruments longuement, enveloppant les fils, vaporisant une solution antiseptique sur chaque partie découverte. Elle a installé le modèle imprimé sur la table roulante, disposé les encres puis s’est penchée sur son épaule. La douleur était exactement celle à laquelle il s’attendait. Rien de dramatique. Elle a dit un peu gouailleuse et voilà c’est ça se faire tatouer. Pendant deux heures il a senti, entre deux pauses pour essuyer le sang au papier absorbant, l’inscription progresser.
Quand elle a fini par lancer un c’est terminé joyeux, il s’est levé un peu chancelant. Il a regardé le dessin rouge et boursoufflé, serein, ne sachant pas vraiment ce qu’il devait en penser. Puis elle a emballé son épaule dans du film alimentaire en répétant d’un air sérieux qu’il fallait faire bien attention que tout ça était aussi une grande cicatrice dont il fallait prendre soin.