ISSN : 2266-6060

Jusqu’à quand ?

Lancaster, mai 2008.

On a l’habitude, parmi les choses, de distinguer celles qui durent des autres. Celles qui restent au monde un temps suffisamment long pour qu’elles puissent ‘aller de soi’ comme on dit. Et celles qui souffrent d’une fragilité intrinsèque et dont on sait qu’elles sont vouées à disparaître sous nos yeux. Dans cette catégorie, on trouve même des entités dont les dégradations progressives sont jugées dangereuses. C’est le cas d’à peu près tous les produits alimentaires. Un œuf, par exemple, ne reste pas un œuf très longtemps. Au bout de quelques jours son odeur va changer, puis son aspect, sa composition. Il faudra alors s’en méfier : ce qu’il sera devenu ne relèvera plus du comestible. Aujourd’hui, on reconnaît généralement ce genre d’êtres à une inscription qui les accompagne de plus ou moins près et qui en délimite les frontières temporelles en identifiant une date fatidique à partir de laquelle plus rien ne garantit que la chose soit toujours celle que l’on croit. À consommer de préférence avant…

A priori, la distinction est donc simple : elle s’opère entre des choses vivantes, qui évoluent sans cesse, et des choses inertes dont les propriétés sont beaucoup plus stabilisées. Mais est-ce véritablement une différence entre deux types d’entités ? Le fait qu’en Grande Bretagne on trouve des prises de courant affublées d’une date limite d’utilisation montre bien qu’il s’agit plutôt d’une question de durée et sans doute d’attention. Il suffit de regarder toute chose de près : les trottoirs, les piliers en béton, les boîtiers en plastique, les panneaux en tôle émaillée, les ordinateurs, le papier, pour comprendre qu’elles sont toutes vivantes à leur manière et à leur rythme. Il suffit de suivre ceux qui s’ont chargés de leur entretien pour comprendre que ces objets ne sont pas stables et inertes par nature.